. . .

Evelyne Accad
Femmes du Crépuscule
Women of the Twilight
Nouvelles
Short Stories

Prologue Michèle Ramond
Translation/traduction Cynthia T. Hahn  
Drawings/Dessins Jay Zerbe
alfAbarre



Prologue

Femmes du crépuscule du soir ou plutôt du matin ? Annoncent-elles, ces attachantes héroïnes d'Évelyne Accad, la nuit qui menace notre humanité trop indifférente aux exclus, ou plutôt un jour nouveau pour cette humanité encore adolescente dans les domaines urgents et si débattus de l'égalité entre les sexes, de la fraternité entre les hommes et les femmes et de la justice sociale dans un monde qui opprime les femmes, qui les exclut du pouvoir et des lieux décisionnaires et qui, depuis Ève et Pandore, les accable de tous les opprobres ?
Par sa grande culture et sa veine poétique Évelyne Accad surmonte tous les écueils de la littérature dite « engagée », elle transforme en mythes les malheurs quotidiens vécus par les femmes dans toutes les parties du monde qu'elle a parcourues, les États-Unis (l'Indiana), l'Allemagne (Francfort), le Liban (Beyrouth), la France (Paris) et à travers ces états ou ces villes elle affronte bien des réalités, la réalité noire, la réalité palestinienne, la réalité chrétienne, musulmane ou juive, les préjugés moraux, la dure réalité des camps de réfugiés arméniens, palestiniens, syriens, libyens, kurdes, la misère physique et morale, l'oppression sociale et politique, les violences faites aux femmes comme à cette servante kurde tuée à coups de pied par son mari devant ses enfants horrifiés, le quotidien d'un pays ou d'une ville en guerre. Violente pour les pauvres, les bannis, les égarés, les réfugiés, les déplacés, les dominés, la société l'est généralement pour toutes les femmes, quelles que soient leurs conditions, par son fonctionnement, ses préceptes, ses tabous et ses lois. La femme devient tout au long de ces dix nouvelles, qui pourtant la captent dans des contextes géographiques, économiques et religieux très différents, un symbole de l'héroïsme en butte à tous les pires maux parmi lesquels les humains se débattent, tentant malgré tout de vivre (ou de survivre) et si possible de créer.
Cette aptitude des héroïnes d'Évelyne Accad à représenter l'humain dans toute sa splendeur éthique et son courage quotidien fait d'elles toutes des femmes, bien sûr, mais aussi des figures littéraires dotées d'un grand pouvoir de suggestion. Chacune d'elles et toutes ensemble elles renouent avec un tréfonds mythique politiquement et poétiquement rajeuni. Impossible en effet de ne pas songer à Mélusine avec la femme serpent de la première nouvelle, aux bacchantes et aux ménades avec toutes ces héroïnes qui retrouvent vie et espoir dans la danse, cette forme d'épanouissement qui vaut pour toute forme artistique où l'utopie prend forme et où les traumatismes et les tourments se transcendent. Saluons aussi ces nouvelles amazones que sont les guerrières (Soumaya), cette forme de sainteté qu'est le renoncement au plaisir sexuel (Micheline) pour une autre forme d'extase, vaguement christique, et que nous pourrions appeler altruiste, et politiquement active, qui tente d'échapper aux songes terrifiants. Saluons encore cette nouvelle Judith appelée « D. » dans la « femme qui veut vivre », ou cette nouvelle Emma Bovary dans Sally qui rêve plus haut que les murs de sa maison du Midwest.

Le Proche Orient déchiré qui pousse au rêve utopique et au projet créateur, et l'Indiana maudit, plat et morne, où chacun reconnaîtra les maux de notre modernité égoïste triomphante, composent les deux versants de cette « suite » à la fois vivante, réaliste, et métaphorique. Le recueil de nouvelles d'Évelyne Accad mérite pleinement cette distinction musicale et poétique, il compose bien une « suite » au sens plein de ce terme. Constamment l'anecdote que nous pourrions qualifier de féministe, qui débouche sur une morale politique et existentielle dont on apprécie la détermination et la clarté, s'ouvre au mystère d'une écriture plus obscure. Signalée par un changement typographique cette écriture inspirée renoue avec les textes sacrés au fondement de nos cultures ; au delà des combats quotidiens, des faillites et des petites victoires des héroïnes, le pouvoir oraculaire d'un sujet féminin tout puissant ici se manifeste, son éclat se répand sur tout le texte et le transforme en un poème musical, grisant et insondable. Discours intérieur, parole prophétique, profération   apocalyptique, vision énigmatique, ces parties sombres enchâssées dans le récit plus limpide et réaliste confèrent à tout le texte des nouvelles une vertu métaphorique dont le sens inépuisable nous captive. Le son de la musique remplace définitivement celui des mots et toute l'opération de la lecture s'en trouve modifiée, nous voguons entre deux eaux, le flot des eaux intelligibles de la fable féministe et celui des eaux originelles qui ont la beauté des arbres fruitiers de l'Orient. Heureux sont les lecteurs d'Évelyne Accad, ces invités au confluent des deux eaux!
 
Michèle Ramond


Du même auteur

The Wounded Breast : Intimate Journeys through Cancer. Melbourne : Spinifex Press, 2001.

Voyages en Cancer (Préface Yves Velan). Paris : L’Harmattan, Tunis : Aloès, Beirut : An-Nahar, 2000. Prix Phénix, 2001.

Blessures des Mots : Journal de Tunisie, Paris : Côté femmes, 1993). Edition anglaise : Wounding Words : A Woman's Journal in Tunisia (London : Heinemann, 1996).

Des femmes, des hommes et la guerre : Fiction et réalité au Proche-Orient. Paris : Côté femmes, 1993. Edition espagnole : Sexualidad y Guerra. (Indigo ediciones, 1997). Prix ADELF : France-Liban, 1993.

Sexuality and War : Literary Masks of the Middle East. New York : NYU Press, 1990 (Paperback edition, 1992).

Coquelicot du massacre. Paris : L'Harmattan, 1988. Edition bilingue, traduction anglaise et préface de Cynthia Hahn, Poppy from the massacre. Paris : L’Harmattan, 2006.

Contemporary Arab Women Writers and Poets, avec Rose Ghurayyeb. (Monographie). Beirut  : IWSAW, 1986.

L'Excisée. Paris : L'Harmattan, 1982 (deuxième édition 1992). (Première traduction anglaise. Washington : Three Continents Press, 1989, Deuxième édition, The Excised, avec introduction de l’auteur, 1994). Edition allemande : Die Beschnittene. Bonn: Horlemann Verlag, 2001.

Montjoie Palestine! or Last Year in Jerusalem (édition  bilingue, traduction du poème dramatique de Noureddine Aba avec introduction et notes.) Paris : L'Harmattan, 1980. Deuxième édition bilingue augmentée avec It Was Yesterday Sabra and Shatila  (traduit par Cheryl Toman), 2004.

Veil of Shame : The Role of Women in the Modern Fiction of North Africa and the Arab World. Sherbrooke : Naaman, 1978.

Evelyne Accad a obtenu


Prix International de Poésie Emmanuel Roblès, 2006

Nominated as International Writer of the Year, 2003
(IBC, Cambridge)

le Prix Phénix, 2001

International Programs and Studies Award, University of Illinois, 1992-93 and 1993-94

le Prix ADELF : France-Liban, 1993

Study of Cultural Values and Ethics Program Award, fall 1992

Delta Kappa Gamma Society International Eductor's Award, for book Veil of Shame, 1979

Special Recognition Award from the Illinois Arts Council Creative Writing Fellowship, Chicago, Illinois, 1979

Nominated to Outstanding Young Women of America for 1978

Florence Howe Award (Honorable Mention) for essay:
"New Feminist Consciousness Among Arab Women Novelists." W.C.M.L.A., 1975

Foreign Student Scholarship and Grant-in-Aid from Anderson College, Indiana, 1965-67

First Prize in French Literature from Collège Protestant Français, Beirut, Lebanon, 1962
 

Collections - Les fourmis rouges dans nos sommeils

.....
French (Fr)Deutsch (DE-CH-AT)Italian - ItalyPortuguês (pt-PT)English (United Kingdom)Español(Spanish Formal International)Arabic(Arab World)

Lettre d'Info

adSense

OS : Linux w
PHP : 5.2.17
MySQL : 5.0.90-log
Temps : 22:55
Mise en cache : Activé
GZip : Désactivé
Membres : 109
Contenu : 152
Liens internet : 3
Affiche le nombre de clics des articles : 695167

Who's Online

Nous avons 121 invités en ligne

je me logue