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Lecture

3m2 pour l'antilope de Chekib Abdessalam, Ecritures, L'Harmattan, Paris 2003.

Un regard de Nomade

Chekib_Abdessalam

Chekib Abdessalam, qui est à la fois un poète et un essayiste, est connu par ses nombreuses publications et son site consacré à la littérature nomade et à l'information du Sahara et du Sahel et notamment à la poésie (http://www.cybersahara.com/). Dans son livre 3m2 pour une antilope, il aborde la question de l'aliénation de l'homme du Sahara dans nos villes occidentales. Comment les Touaregs, habitués à la vie du désert, peuvent-ils s'adapter à la vie en Occident? La question est intéressante, car on considère souvent que l'émigré et son pays tire profit de l'émigration. L'auteur montre que l'émigration n'est pas une chance pour les pays du Tiers Monde.

Le livre est saisissant et dénonce les méfaits du mondialisme, l'oppression et la barbarie dans un univers où l'homme de la savane vivant dans un espace de plus en plus réduit mène une vie dégradée analogue à celle que mène un prisonnier, un mode de vie dans lequel il ne trouve ni son équilibre ni son accomplissement. La réduction de l'espace et l'enfermement de l'homme africain destiné aux grands espaces dans un univers réduit est bien exprimé par le titre 3m2 pour l'antilope. L'antilope, animal des savanes, est confiné dans un espace ridiculeusement réduit. Métaphoriquement c'est l'homme du désert qui est confronté au monde moderne de nos villes occidentales enlaidies. L'homme occidental a commencé par détruire son propre paysage avant de s'attaquer aux pays étrangers.

« Je me retrouve en grande banlieue, là où les cheminées chimiques fleurissent, là où les asperges ne poussent plus» (p.12).

De même que le colonialisme de naguère était voué à l'échec, le néo-colonialisme représenté par le mondialisme est voué à l'échec « pas plus, d'ailleurs que ne pouvait éclore la fleur de la graine de l'enfant nomade naguère affolée sous un hélicoptère qui transportait des militaires en short ».

L'homme de la savane est voué au soliloque dans nos métropoles. Son intégration, qui obsède nos politiques, est non seulement impossible du fait de sa nature, mais un asservissement.

S'agit-il d'une condamnation des grands flux migratoires, qui ont pour effet de réunir dans quelques endroits des peuples venus du monde entier? Le livre n'est pas un essai politique, mais les faits sont là. Cette transplantation de l'homme de la savane dans la ville occidentale dans les conditions que l'on sait constitue une des manifestations de la barbarie moderne. Elle s'accompagne d'une dégradation du monde de la savane dans lequel l'Occident décharge ses déchets : « Cependant que les déchets informatiques de la côte ouest des Etats-Unis, pourtant recyclables aux deux tiers sont débarqués en Asie du Sud-Est» (p.12).

L'espace dans la savane même est déjà considérablement réduit. Déjà dans l'oued aujourd'hui la gazelle vit dans un jardin de 120 mètres sur 80. Ce jardin en vase clos finira par les exaspérer, les rendre incapables de se reproduire (p. 77). La gazelle est pourtant experte en stratégies d'adaptation. Elle peut sentir où il pleut jusqu'à huit cents kilomètres de distance et se diriger en plein désert vers cet endroit. Elle est capable de transformer l'herbe fraîche en eau et se dispenser ainsi de boire.

Dès lors il ne subsiste que l'évasion par le rêve, garant de la liberté humaine, comme on le voit dans le chapitre intitulé « Tournez trapèzes ».

Mais n'oublions pas que la nature finira par se révolter ainsi qu'il apparaît dans le dernier chapitre du livre « Guerre de l'eau et naturel espoir ».

Ainsi ce livre, qui peut sembler très pessimiste, montre que l'Occident n'apporte rien de positif aux pays du Tiers monde et à l'homme de la steppe en particulier. L'esclavagisme moderne serait encore plus effrayant que l'esclavagisme du passé. L'homme occidental après avoir détruit sa propre civilisation détruit ainsi les autres civilisations et fabrique un monde carcéral qui coupe l'homme de ses racines.

L'émigration n'est pas une chance pour l'Afrique mais le plus sûr moyen de détruire les cultures traditionnelles. L'émigration moderne semble représenter une nouvelle forme d'esclavagisme.

Le livre saisit le lecteur par le ton pathétique qui en émane. Le fait que le livre soit écrit à la première personne contribue à créer le pathétique. Ecrits le plus souvent sous la forme d'un soliloque, certaines pages sont d'une grande beauté. La juxtaposition d'images sous la forme d'un kaléidoscope, qui suggère un monde désorganisé, rappelle certaines techniques utilisées par Apollinaire.

Michel MAZOYER
(Association KUBABA, paru dans la revue Kubaba)

(merci de nous contacter si vous désirer contacter l'auteur ou acquérir l'ouvrage en cliquant ici

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